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Les Tchetniks du Kossovo

1941-1945


Le major Jika MARKOVIC commandant du 2e Corps d’armée du Kossovo (4ème debout en partant de la gauche), et le capitaine Boudimir DOBRIC (3ème en partant de la gauche) commandant d’une brigade avec un groupe de ses hommes.

Après la guerre d'avril 1941, la majeure partie du Kossovo-Métochie est occupée par les Italiens, tandis que le reste l'était par les Allemands et les Bulgares. La vague des crimes albanais au Kossovo-Métochie débuta dès les premiers jours de l'occupation et la résistance serbe s'organise dès le printemps 1941, au Nord du Kossovo dans les gorges de la rivière Ibar.


Par Miloslav SAMARDJIC

Traduction et adaptation d'un texte originellement publié en serbe dans  "Liberty" bulletin de la "Serbian National Defense" de Chicago (USA) numéro du 10 juin 2024


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D’après les estimations des statistiques officielles, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Kossovo-Métochie comptait environ 600 000 habitants, dont 60 % d’Albanais. Toutefois, cette estimation est sujette à caution, car le recensement prévu pour 1941 n’avait pas été effectué et, au cours de la décennie précédente, la croissance de la population serbe, amorcée après la libération du Kossovo-Métochie en 1912 après la Première Guerre balkanique, s’était poursuivie. L’État installait systématiquement des Serbes au Kossovo, ainsi qu’au nord de la Serbie dans le Banat et dans d’autres régions où ils avaient jadis perdu la majorité du fait des différentes occupations des Empires dans le passé. Il semblerait que le nombre de Serbes au Kossovo-Métochie à la veille de la Seconde Guerre mondiale ait largement dépassé les 50 % mais que les communistes avaient falsifié les données après la Seconde Guerre mondiale, comme l’écrivait dans les années 1970 par exemple Dragan Krstic dans ses carnets de notes secrets, qui n’ont été publié qu’après sa mort sous le titre ‘’Notes psychologiques’’.


Après la guerre d'avril 1941, la majeure partie du Kossovo-Métochie a été envahie par les Italiens, tandis que le reste était occupé par les Allemands et les Bulgares.

La zone d'occupation italienne fut annexée à l'Albanie, laquelle était déjà sous le protectorat de Rome depuis 1938. Les Allemands gardaient pour eux la région de Kossovska-Mitrovitsa, de Podouïévo et de Voutchitern qu’ils ont fusionnés dans un nouveau district – celui de Kossovska Mitrovitsa - et l’ont rattaché en décembre 1941 à la ‘Serbie de Nedic’ qu’ils occupaient déjà depuis le mois d’avril. Les Bulgares occupèrent une partie du district de Gnilané, une partie de la région de Vitina, de Katchanik et la vallée de Sirnik [tout cela au sud du Kossovo-Métochie - NdT].


La vague des crimes albanais au Kossovo-Métochie débuta dès les premiers jours de l'occupation. Jusqu’à la fin de la guerre, environ 10 000 Serbes perdront la vie.



La résistance serbe au Kossovo-Métochie s'est organisée dès le printemps 1941, au Nord du Kossovo sur les rives de la rivière Ibar, région composée de villages serbes qui constituait le premier refuge des déplacés serbes venant du sud. «Au début, nous n'appartenions à aucune organisation, et nous nous étions rassemblés dans le seul but de nous défendre des Albanais», écrit Mladène Maksimovic, un contemporain des événements de mai 1941.


D’abord a été constitué le détachement du nord, sous le commandement du lieutenant Todor Dobric dont le fils et le neveu avaient été tués par les Albanais. L'organisation fut améliorée lorsque, peu de temps après, le Voïvode Kosta Petianatz avait envoyé le sergent de Gendarmerie et Voïvode Svetislav Milenkovic. Trois autres détachements furent alors créés : celui de Pec, celui de la Drenitsa et celui de Pilatovatz. En octobre 1941, le territoire serbe libre des rives de l’Ibar est attaqué par des musulmans venant du nord [depuis la région de Novi Pazar – NdT] et par des Albanais venant du sud, appuyés par l'artillerie allemande et italienne.


«Les villages sont en proie aux flammes qui s'élèvent jusqu'au ciel. Les ténèbres dues à la fumée, aux maisons en feu, telle un brouillard des plus épais, pressait tout [Ibarski] Kolachine (1). Des gémissements s'élèvent de toutes parts. Les Albanais tuent et brûlent comme les plus sauvages des bêtes. Nous avons pris une autre position, le front, afin de contenir ces hordes sauvages jusqu'à ce que notre peuple puisse s'échapper et être évacué à travers l'Ibar», écrit Maksimovic.

Les Albanais furent vaincus sur les rives de l'Ibar, pendant que de nombreux réfugiés serbes étaient dirigés vers le mont Rogozna. Sur le front nord, les musulmans étaient contenus devant la ville de Rashka, puis encerclés à Novi Pazar. Le siège de Novi Pazar par les Tchetniks a été brisé par les chars allemands. Une accalmie s'installa avant l'hiver, et le nord du Kossovo demeura sous contrôle serbe.


À l'automne 1941, le Voïvode Milenkovic était en contact étroit avec le major Dragoutine Kessérovic, ce qui signifie qu'il avait abandonné l’organisation de Petianatz pour rejoindre l’Armée du Royaume de Yougoslavie commandée par le général Draja Mihaïlovic. Il sera peu après tué dans une embuscade sur la route du mont Yavor. «Nous n'avons jamais su ni comment ni par qui il a été tué», écrit Maksimovic.


Le premier officier envoyé depuis la Ravna Gora dans le nord du Kossovo fut le capitaine Boudimir Dobric. Fin 1941 et début 1942, il fonde la brigade de Kolachine. Fin 1942, le Haut Commandement envoie le capitaine Jivoïne ‘Jika’ Markovic, qui constitue le 2e corps du Kossovo, dont le quartier général était situé à Lokvitsé, sur le mont Kopaonik. Cette unité a compté jusqu'à 1.800 soldats. Simultanément, sur les confins Est du Kossovo-Métochie est constitué le 1er corps du Kossovo, sous le commandement du major Blagota ‘Blaja’ Braïovic, qui disposait de quelques centaines de combattants, auxquels s'ajoutaient 286 Tchetniks de la brigade de la montagne Char.


En mai 1944, le commandant Braïovic rapportait: «Notre brigade du mont Char, commandée par le lieutenant Nikola Mrvaliévic, est stationnée sur les pentes de la Char, en direction de Pashtrik et Koritnik. Cette brigade est engagée dans les villages serbes de Sredska et Gornié Sèlo. Elle compte 286 Serbes, combattants actifs. Ils sont armés de fusils et disposent de cinq mitrailleuses. Ils sont pris en charge par l’évêque Séraphime, qui vit désormais à Tirana comme réfugié de Prizren. Ils entretiennent des relations amicales avec les nationalistes [albanais – NdT] de Muharrem Barjaktar. Ils manquent cruellement de brodequins. Je garde contact avec cette brigade ponctuellement, par l’intermédiaire d’une estafette.»

La majorité des Albanais aptes au service militaire du Kossovo-Métochie a fait la guerre dans les milices collaborationnistes, connues sous le nom de «Ballistes» du nom du mouvement paramilitaire ‘Balli Kombëtar’, ainsi que dans deux divisions SS. Au sein de la 13e division SS «Handjar», ils représentaient un tiers des effectifs (les deux autres tiers étant fournis par des musulmans de Bosnie), tandis qu'ils composaient l'intégralité - à l‘exception du commandement allemand - de la 21e division SS «Skenderbeg».


Le 29 avril 1944, le 21e corps d'armée de montagne allemand – ‘XXI. Gebirgs-Armeekorps’ - donna l’ordre à la division SS «Skenderbeg» de se charger de la «sécurité de la province albanaise du Kossovo». À cette date, les milices albanaises au Kossovo-Métochie étaient aussi placées sous les ordres de cette division.


Les Allemands n'ont pas réussi à former d’autres unités albanaises, et d’ailleurs ils ne se pressaient certainement pas pour le faire, constatant la situation sur le terrain. «L’armée et la milice albanaises n’ont pas la moindre valeur combattante», rapportait le commandement de la division «Skenderbeg» le 1er août 1944.

Le soutien des Allemands aux Albanais s'expliquait uniquement par le fait qu’ils avaient connaissance de leur hostilité permanente contre les Serbes. Ainsi, dans le rapport décadaire du commandement allemand de la Serbie, en date du 30 avril 1942 et adressé au commandement du Sud-Est – le groupe d’armées E ‘Heeresgruppe E’ - on peut lire, entre autres:


«Pour contrebalancer ce danger que représente la menace des forces de Mihaïlovic, il faut puiser dans les aspirations nationales des musulmans et des Albanais, car ils sont positionnés avec hostilité envers tout ce qui est serbe.»


Et ceci est le rapport du 21e corps d'armée de montagne allemand, daté du 19 septembre 1943 :


«En cas de débarquement des Alliés, on ne peut compter que sur le soutien des Albanais du Kossovo, lesquels sont emplis d’hostilité envers les Serbes.»


Du fait de la multitude des forces ennemies dans le Royaume, le plan du général Draja Mihaïlovic consistait à lancer des offensives là où la vie des Serbes était le plus menacée, c'est-à-dire vers l'ouest, dans «l'État indépendant de Croatie» ; et à neutraliser l'ennemi par des mesures diplomatiques et des combats défensifs limités dans les autres régions. Cette dernière mesure s'appliquait également aux Albanais. Les commandants Tchetniks de la région du Kossovo-Métochie avaient pour mission d'établir le contact avec les meneurs albanais et, au moyen de promesses et de récompenses financières, de les rallier à un front contre les occupants puis également contre les communistes. Dans ce but, des slogans en faveur de l'Union balkanique ont été avancés, en prenant soin de ne pas dévoiler «nos intentions», c'est-à-dire le plan considéré comme la seule solution pérenne: le déménagement des Albanais du Kossovo-Métochie et le renouvellement de la demande formulée par la délégation menée par le Premier ministre du Royaume de Serbie Nikola Pashic lors des négociations de paix à Paris après la Première Guerre mondiale, à savoir que la Serbie obtienne un accès à la mer Adriatique dans la région de Duraz et de Valone.

Lorsque le commandant du sud de la Serbie, le major Radoslav Diouric, a rapporté que certains Albanais l'avaient sollicité pour une collaboration, Draja lui a répondu le 14 juillet 1942: «Je suis déjà en train de prendre contact avec les Albanais; faites de même au plus vite. Qu'ils s'organisent au plus vite contre les occupants


Cependant, le 23 août 1942, Mihaïlovic reçoit de Diouric l'un des nombreux rapports tragiques venant du Kossovo-Métochie: «Les Albanais ont entrepris l'extermination systématique des Serbes d'Albanie. Cemil Bey qui y a constitué un régiment s’est joint à l'extermination en Métochie et au Kossovo. Il est nécessaire de leur donner un avertissement via Londres. Sur cette question, il est allé rencontrer l'imam de Podouïévo… Le major Bayezid Boljetinac de Kossovska Mitrovitsa est sympathisant des Partisans.»


Une coopération fut établie avec un petit groupe d'Albanais, parmi lesquels Muharrem Bajraktari était la figure la plus importante. Cependant, en janvier 1943, un autre meneur patriote albanais prit le relai. Le message de ce meneur - dont le nom est illisible du fait de l'état de dégradation du document - a été transmis au général Mihaïlovic par le major Diouric le 30 janvier. Il y était écrit que concernant la proposition du général Draja Mihaïlovic faite à Bajraktari d'examiner la possibilité d'un soulèvement général en Albanie, les membres d'un certain comité s'étaient réunis. Ils ont décidé de ne conclure aucun accord «sans la réception préalable d’une instruction signée de la main de Mihaïlovic». Si un accord parvient à être conclu avec les Tchetniks, poursuit l'Albanais, «nous garantissons que nous ne procéderons à aucun accord à l'avenir avec la Croatie, la Bosnie et le Sandjak». Il affirmait ensuite que ses compatriotes en Albanie étaient prêts à combattre l'Axe si on met «à leur disposition du matériel de guerre ainsi que des crédits, comme ils sont mis à la vôtre». Pour accepter d’être placés sous le commandement du général Mihaïlovic, les Albanais ont posé six conditions.

Les points suivants sont les plus importants:


«Premièrement: le Kossovo, avec ses frontières historiques, ethnographiques et géographiques, doit être promis à l’Albanie au plus tard lors de la victoire dans la guerre avec la création de la Fédération balkanique.


Deuxièmement, votre organisation ne doit absolument pas exercer d’activités sur le territoire du Kossovo, de Mitrovitsa et de Podouïévo, et toute propagande de votre organisation au Kossovo contre les Albanais doit cesser…


Quatrièmement, nous garantissons la vie et les biens de 100.000 Serbes présents au Kossovo.»


À la fin est donnée l’assurance que les Albanais au Kossovo accepteront aussi l’accord, avec la conclusion suivante:

«Dès que vous aurez accepté ces points, immédiatement se réunira le comité principal où je serai votre représentant et je vous reconnaîtrai comme dirigeant de la Fédération balkanique. Je vous prie de répondre en urgence à ce qui est exposé ci-dessus


Le général Mihaïlovic n’a pas répondu à cette proposition.


Dans les dépêches radio du Haut Commandement qui ont été conservées, la question albanaise est de nouveau évoquée le 13 août 1943. Ce jour-là, Draja Mihaïlovic informe les majors Radoslav Diouric et Dragoutine Kessérovic «qu'une délégation d’Albanais venant de Belgrade» a rencontré ses représentants [de Draja Mihaïlovic – NdT] dans le district de Takovo.


Les Albanais demandaient «qu’un accord détaillé fut élaboré en vue d'une action conjointe contre les Allemands». La réunion suivante devait se tenir à Kossovska Mitrovitsa, au plus tard le 18 septembre. «Pour ces négociations», comme le général Mihaïlovic le dit ensuite, il fallait aller trouver à Mitrovitsa le marchand Sefedine Kruljez, «sous prétexte d'un accord sur la location de sa maison à Belgrade». Donnant le mot de passe pour contacter Kruljez, Draja Mihaïlovic poursuit: «Le représentant de Diouric devra emporter un émetteur radio et être une personne capable de séjourner parmi les Albanais et maintenir le contact avec nous depuis là-bas. Il devra également emmener un radiotélégraphiste avec lui.»


Mais il était déjà trop tard, car la nouvelle de la capitulation de l'Italie avait déclenché une nouvelle vague de massacres contre les Serbes.


Voici le radiogramme de Draja Mihaïlovic envoyé à tous les commandants du Kossovo-Métochie et des régions mitoyennes, daté du 24 septembre 1943 :


«Selon le rapport de Diouric, les Allemands arment les Albanais et leur promettent la Grande Albanie. Ils excitent les Albanais contre les Serbes. Entre le 1er et le 10 septembre, 210 Serbes du secteur du 2e corps du Kossovo ont été tués. Des mesures ont été prises pour empêcher les atrocités des Albanais et éviter qu’un conflit ne survienne contre eux. Les Albanais de la Drénitsa se regroupent en direction de Mitrovitsa. Ils ont l'intention d'attaquer et d'occuper toute la zone jusqu'à la ville de Rashka [hors de l’espace géographique du Kossovo-Métochie – NdT]. J'ordonne que les corps frontaliers de Rassina et de Toplitsa [cette ‘frontière’ est la limite de la zone d’occupation allemande de la Serbie qui ne comprenait pas le territoire du Kossovo-Métochie – NdT], ainsi que les 1er et 2e corps du Kossovo, soient en état d'alerte maximum afin d’être prêts à repousser un assaut des Albanais s'ils tentent de mettre à exécution ce projet.»


L’une des études récentes note:


«Dans le district de Pec, environ 130 Serbes ont été tués et environ 100 Serbes à l’intérieur de la ville. Les instigateurs, organisateurs et exécutants de la liquidation des Serbes étaient Xevat, Rifat et Sefedine Bey - le maire de la ville, Xelal Preveza - le préfet, ainsi que Bislim Bajgora, Bayazit Boljetinac et Xhafer Ibrahim Deva, membres du Régiment du Kossovo et des ‘squadristes’ [milice fasciste italienne – NdT]. Le massacre des Serbes à Ourochévatz et alentours a eu lieu les 11 et 12 septembre 1943, quand 60 Serbes ont été tués, dont 48 à l’intérieur de la ville et 12 emmenés hors de la ville puis après d'atroces tortures ont été exécutés… À partir du milieu de l'année 1943, la terreur s'est également intensifiée dans le nord du Kossovo. L'une des plus importantes attaques, menée par Shabane Polluzha, a commencé le 3 février et a cessé le 25 février, après l'action des Tchetniks de l’Armée royale yougoslave. 15 villages serbes ont été détruits, 900 maisons ont été incendiées et 69 femmes, enfants et personnes âgées ont été tués… »


Ceci est le rapport d'un participant aux combats, le Tchetnik du 2e Corps du Kossovo, Mladène Maksimovic:


«En 1943, à la même période qu’en 1941, les Albanais ont de nouveau attaqué le nord du Kossovo et se sont mis à tuer et à incendier tout ce qui est serbe. Mais nous étions alors bien mieux organisés qu'en 1941, et même mieux armés, si bien que nous avons battu les Albanais à plate couture, surtout sur le cours supérieur de l’Ibar.»


Le major Rudolf Perhinek, délégué pour le Monténégro du Haut Commandement de l’armée du Royaume de Yougoslavie, rapporta au général Mihaïlovic le 19 septembre 1943 que des Albanais venant de Métochie attaquaient les Tchetniks du Monténégro.


Le major Radomir Tsvétic, commandant du corps de Yavor, demande des renforts à Kessérovic le 5 octobre. «Les Turcs(2) incendient la région de Dejeva. Ils ont incendié cinq villages. Les Turcs regroupés à Novi Pazar ont reçu des renforts depuis le Kossovo. Mes hommes les combattent», notait Tsvétic.


La situation s'est de nouveau apaisée avec l'arrivée de l'hiver, mais les combats reprirent dès février 1944.


«Le capitaine Markovic me fait part de violents combats contre les Albanais, au cours desquels ses brigades cèdent du terrain. Il implore de l'aide», rapporta le 12 février au lieutenant-colonel Kessérovic le capitaine Milan Stoïanovic commandant du corps de Toplitsa.


D’après les rapports allemands de ce mois-là, «la milice albanaise sous commandement allemand combattait les Tchetniks au Kossovo et sur la frontière entre le Monténégro et l’Albanie, et réduisaient en cendres des villages serbes dans la vallée de l'Ibar. D'après un rapport du commandement [allemand – NdT] de Serbie du 22 février, les Albanais ont tué 26 Tchetniks.»

Le capitaine Jika Markovic a rapporté le 29 avril que «les Bosniaques et les Albanais et les communistes se préparent à nouveau à nettoyer la population serbe de la région jusqu'à la ville de Rashka».

Et ceci est son rapport du 15 mai 1944: «Aujourd'hui, les Albanais ont attaqué le village de Slatina. Une personne a été tuée. La frontière de part et d'autre est sous contrôle.»


Les négociations de Markovic avec les nationalistes albanais avaient échoué. En parallèle, les Allemands continuaient d'armer les Albanais et à leur promettre le déplacement des frontières de la «Grande Albanie» toujours plus au nord.


En mai, les documents allemands font état de combats entre les Tchetniks et la milice albanaise près de Novi Pazar.

Peu avant, le lieutenant-colonel Radoslav Diouric était parvenu à créer au Kossovo-Métochie une brigade composée d'Albanais. Cette brigade fut baptisée «Hodјa Zajneli», en hommage au mufti albanais qui avait combattu aux côtés des Serbes lors des guerres passées. D'après le rapport de Diouric du 29 mars 1944, la brigade comptait 400 combattants armés. Elle était commandée par le lieutenant Yovane Labouss, un Serbe de Bosnie, et son adjoint était le sergent des gardes-frontières Arif Demirovic. Mais aucun document connu ne permet d'affirmer que la brigade «Hodja Zajneli» ait participé à des combats.


Pas même les communistes n'avaient obtenu le soutien des Albanais, bien qu’ils leur avaient promis le rattachement de la Métochie à l'Albanie dès 1943. La raison était que dans les communistes, les Albanais voyaient avant tout des Serbes.

De ce fait, les petits groupes de communistes présents au Kossovo-Métochie se trouvaient dans la clandestinité, c’est-à-dire qu’au contraire des Tchetniks, ils ne disposaient pas de leur territoire libre.


Le 1er décembre 1943, le général Draja Mihaïlovic écrit à Diouric: «Le major Grujic a laissé à l’attention de votre état-major le message suivant du dr. Mitka. En échange de la collaboration avec les Albanais, les communistes yougoslaves ont renoncé au Kossovo au profit des Albanais. Ils recevront le soutien officiel du gouvernement albanais et de Xhafer Deva, le ministre de l’Intérieur. Le Comité du Kossovo albanais collabore également. »


Et ceci est la dépêche de Draja Mihaïlovic à tous les commandants tchetniks du 3 décembre 1943:

«Les communistes yougoslaves ont promis le Kossovo à l’Albanie afin d’attirer aussi dans leurs rangs les Albanais contre les Serbes. Cette promesse a été faite par Tito et ce même Croate inflexible qui, en collaboration avec Pavelic, extermine systématiquement le peuple serbe dans la Lika, le Kordoune, la Baniya, la Dalmatie, l’Herzégovine et en Syrmie


Puisque l'ordre allemand d'exécuter en représailles cent Serbes pour chaque soldat de la Wehrmacht tué ne s'appliquait pas au Kossovo, les Tchetniks y menaient systématiquement des actions de sabotage et de diversion sur la ligne de chemin de fer Belgrade-Prishtina-Thessalonique. Les missions militaires britanniques auprès du 2e corps du Kossovo avaient envoyé toute une série de rapports à ce sujet. En voici quelques-unes:


«23 septembre 1943: Mihaïlovic détruit un train rempli d'Allemands et d'explosifs dans un tunnel à 20 km à l'est de Pec…


26-27 septembre: Le chef de gare de Mitrovitsa signale les actes de sabotage suivants:
A. Collision ferroviaire à Voutchitern à 19 h 45 le 26 septembre, train n° 4876. Huit wagons détruits, y compris deux qui contenaient de l'essence ont explosé. 29 Allemands maintenant hospitalisés à Mitrovitsa.

B. Un wagon a déraillé à Zvètchane le 27 septembre…


5 octobre: Les forces sous commandement de Diouric ont détruit un train rempli de troupes et d'explosifs dans un tunnel à 20 km à l'est de Pec.


6 octobre: Un train a été déraillé sur la ligne Prishtina-Pec. 400 ouvriers ont travaillé pendant 15 jours avant qu'elle n’ait pu être remise en service. Les Allemands n'ont pas communiqué le nombre d’Allemands tués et blessés.


7 octobre: Suis rentré aujourd'hui. La voie ferrée a été dynamitée à 20 h le 29 septembre. En représailles, les Allemands ont arrêté 90 Serbes de Mitrovitsa, leur sort reste inconnu.»


Ce qui suit est l'un des ordres caractéristiques du général Draja Mihaïlovic, daté de janvier 1944 :

«La destruction des voies ferrées au sud de Vragné et au Kossovo doit être effectuée quel qu’en soit le prix. Prenez toutes les mesures nécessaires et faites un rapport des résultats. Il faut aussi démolir les installations environnantes pour lesquelles la réparation nécessitera beaucoup de temps»


Au printemps 1944, les communistes ont envoyé toutes leurs unités mobiles pour attaquer la Serbie centrale: d’abord le Groupement Opérationnel des Divisions, fort de 5.000 Partisans, via Zlatibor, et ensuite les unités qu’ils avaient entre-temps constituées avec l’aide des Britanniques au sud. Lors des combats qui s’en sont suivis, le 1er Corps du Kossovo participa aux affrontements en étant intégré au Groupement de Corps de Morava méridionale de l'armée du Royaume de Yougoslavie, tandis que les brigades mobiles du 2e Corps du Kossovo, formées d’environ 1.000 soldats, ont franchi le mont Kopaonik et se sont mises sous le commandement du lieutenant-colonel Dragoutine Kessérovic, puis du major Dragoslav Ratchic.


Un rapport du major Jika Markovic au major Kessérovic a été conservé concernant la consommation de munitions pour la seule journée du 31 août 1944. Ce jour-là, le 2e Corps du Kossovo a tiré 10.979 cartouches de 7,9 mm pour mitrailleuses et fusils. Alors qu’il ne disposait que de 3.700 cartouches pour les mitrailleuses ‘Schwarzloze’ de 8 mm, de 7.300 munitions anglaises de 7,7 mm, de 1.200 munitions américaines de 7,7 mm, de 48 grenades pour mortier de 81 mm, de 60 bombes pour le petit lance-grenades italien de 47 mm, de 43 obus pour le canon italien de 47 mm et de 200 grenades à main.


Les Tchetniks du 2e corps du Kossovo participeront également à la grande bataille de la Morava occidentale [en Serbie centrale – NdT], fin septembre, lors de laquelle la 2e division prolétarienne communiste a été anéantie. Ensuite ils sont retournés dans la région de Kosovska Mitrovitsa, où, en octobre et novembre, ils attaquent les Allemands qui avaient commencé à se retirer depuis la Grèce. Lors des combats dans la vallée de l'Ibar et sur le mont Rogozna, plusieurs centaines de soldats allemands ont été tués, ou alors capturés puis fusillés en représailles pour les exécutions de Serbes que les Allemands avaient commises jusque là.


Lorsque les dernières colonnes allemandes de Grèce ont quitté le Kossovo, une division de l’armée Bulgare arriva - cette fois avec l’étoile rouge sur les calots – avec à son état-major un officier de liaison de l’Armée rouge.

Conformément aux instructions du général Mihaïlovic, le major Markovic a écrit à l'officier soviétique que le 2e corps du Kossovo était prêt à poursuivre le combat contre les Allemands en coopération avec les troupes alliées. La situation du corps était de plus appesantie par les problèmes d’hébergement, de nourriture, et de soins médicaux nécessaires à apporter au grand nombre de soldats de l'Armée rouge, d’américains, de britanniques et grecs, prisonniers de guerre des Allemands que les Tchetniks avaient libérés lors des précédents combats contre les Allemands. C’est pourquoi Markovic avait proposé que tous ces prisonniers libérés soient pris en charge par le commandement soviéto-bulgare, et que ce dernier procède à un échange d'officiers de liaison avec le 2e corps tchetnik du Kossovo.


La missive fut envoyée sur les conseils du capitaine de l'armée de l'air soviétique Ivan Andreïevitch Fesenko qui était l'un des officiers à avoir été libérés des Allemands. Andreïevitch se retrouva à la tête d'une délégation envoyée par Markovic pour établir le contact avec le «commandement russe». Cependant, la partie serbe de la délégation a été arrêtée dès son arrivée à Kourchoumlia puis liquidée, tandis qu'Andreïevitch a été envoyé en Sibérie, comme nombre d’autres Soviétiques qui avaient «vu l'Europe» et qui avaient eu pour seul tort d’avoir été faits prisonniers de l’Axe.


Après le départ des Allemands, lorsque les troupes bulgares ont envahi Kossovska Mitrovitsa, le major Markovic, ignorant le destin de la première délégation, envoya une nouvelle délégation, menée par Luka Radonjic. Radonjic s’était fait accompagner par les soldats de l'Armée rouge, ainsi que d'un officier bulgare, que les Tchetniks avaient aussi libéré des Allemands. Les communistes assassinèrent alors Luka Radonjic et les membres de sa délégation.


Devant, une nouvelle fois, l'absence de réponse, Markovic a été contraint, en raison de l'hiver et du manque de matériel médical, d'envoyer à Kossovska Mitrovitsa le dernier groupe de prisonniers alliés libérés, et avec eux ses propres blessés, avec à leur tête le docteur Gédéon Alkovic, qui avant-guerre était le plus grand spécialiste en médecine sociale du Royaume de Yougoslavie. Le malheureux médecin a été si cruellement torturé par les communistes qu'il a tenté de se suicider dans sa cellule de la prison de Kosovska Mitrovitsa.

Ainsi, aucun contact n’a pu être établi au Kossovo-Métochie entre les Tchetniks du Général Mihaïlovic et les membres des armées bulgare et soviétique.

À la suite de ces événements, le 2e corps du Kossovo a été fragmenté en plus petits groupes et a pris le maquis, cette fois contre les communistes. Le commandant Jika Markovic périra sur le mont Rogozna, le jour de Vidovdan – la Saint Guy - le 28 juin 1945.


Le 1er corps du Kossovo a pris le chemin de l'exil dans le 'Golgotha de Bosnie' (3) à l’automne 1944, où la plupart de ses hommes ont péri.

Notes du Traducteur:


(1) - Ibarski Kolachine est en réalité une région géographique qui s'inscrit dans ce qui est appelé de nos jours le "nord du Kossovo"


(2) - "Turc" est en l’occurrence une appellation péjorative pour désigner la partie des musulmans des Balkans qui parce qu'ils perpétuaient le refus de leurs ancêtres d'admettre le départ de l'Empire Ottoman des Balkans, ont servi dans les rangs des armées d'Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour information et éviter toute suspicion de racisme ou discrimination, et pour replacer le terme dans le contexte de l'Histoire, il faut savoir qu'à cette époque des milliers de musulmans étaient membres de l'armée du Royaume de Yougoslavie - c'est à dire des Tchetniks du général Draja Mihaïlovic - et combattaient ces "Turcs" sous uniforme de l'Allemagne nazie, parce qu'ils se considéraient comme serbes ou yougoslave au contraire des-dits "Turcs" qui perpétuaient le refus de se soumettre à quiconque d'autre que le sultan ottoman. Ces Serbes ou Yougoslaves musulmans, à la prise du pouvoir par les communistes à Belgrade en 1945, ont été contraints à "la valise ou au cercueil" et ne sont restés que les-dits "Turcs" qui sont en grande partie les ancêtres de ceux qu'on appelle aujourd'hui "Bosniaques".


(3) - Le "Golgotha de Bosnie" aussi appelé "la route vers la mort" est le départ de Serbie vers l'ouest de l'Armée du Royaume de Yougoslavie à partir d'octobre 1944 avec le général Draja Mihaïlovic à sa tête. Ils se retiraient devant les près de 500.000 soldats de l'Armée rouge qui venaient d'envahir la Serbie pour y installer les communistes au pouvoir à Belgrade. Une fois l'Armée rouge partie en Hongrie puis vers Berlin, le général Mihaïlovic a fait opérer en Bosnie un demi-tour auquel personne ne s'attendait aux trois colonnes qui constituaient cette retraire, dans le but d'atteindre à marche forcée la Serbie et en déloger les Partisans communistes. Avec un hiver rude, la multiplicité des ennemis (les Oustachis croates et musulmans, les Partisans communistes), la faim et les maladies (notamment le typhus) et sans aucun appui de grande puissance, la manœuvre a échoué et une nouvelle guerilla s'installe dans les maquis du Royaume de Yougoslavie contre les communistes d'où le général Mihaïlovic, malade et trahi par les Anglais, sera capturé par traîtrise par les Partisans communistes dans les montagnes de Bosnie en mars 1946.


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